Les Pèlerins d'Yssel

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vendredi 8 mai 2015

Les lunarels d'Adir, une race de sang-mêlé

Saerra Sollar ?
    Dans l'univers d'Adir, les lunarels sont les descendants des demi-elfes : engeances d'elfes et d'humains. Ils naissent de couples humains. Ce sont pour ainsi dire des "humains" chez lesquels un gène elfique est devenu récessif ; on pourrait même aller jusqu'à les qualifier de "mutants". Les premières naissances lunarelles sont apparues vers l'an 1000, soit 600 ans après la mort du dernier elfe, et 420 ans avant le début de l'aventure des Pèlerins d'Yssel

    "Lunarel" vient du terme elfique "Luna'h" qui signifie "lumière". La nouvelle race des lunarels est en effet très liée à la lumière, tiraillée entre l'éclat doré des elfes qui hante leurs rêves, et la lumière argentée des étoiles qui brille dans leurs yeux. Physiquement, les lunarels se distinguent des humains par des oreilles semi-pointues, une peau aux étranges reflets bleutés, et par des yeux bleus-argentés (on parle aussi d'iris "ysseliens"). A cause de cela, les lunarels sont aussi nommés "le Peuple d'Yssel". Pour un humain, toucher un lunarel à même la peau comporte un risque : ce contact physique a un effet envoûtant. Il plonge les humains dans un état hypnotique, apaise leur esprit troublé ou épuisé, et insensibilise leur corps à la douleur et à la fatigue. Il peut même interrompre des hémorragies. Un toucher prolongé dans le temps procure un intense plaisir aussi addictif que la plus dure des drogues (comme elle, il peut conduire à la mort). C'est sans doute à cause de cette caractéristique étonnante que l'on trouve de nombreux lunarels dans les ordres de guérisseurs et dans les bordels. Dans certaines régions du royaume d'Abhorn, les lunarels sont contraints de porter des gants. De plus, les couples humains-lunarels sont stériles. La fracture qui existe entre les deux espèces est donc avant tout physique ; comment deux êtres qui n'ont pas le même rapport sensoriel, sensuel et psychique au monde peuvent-ils se comprendre et vivre ensemble ?

    A l'instar de leurs ancêtres elfes, les lunarels ont tous les dons et de nombreuses qualités. Ils sont grands, beaux, gracieux... Ils vivent jeunes très longtemps et sont plus résistants aux maladies ; on les croyait immunisés, mais les épidémies qui sévissent à ce jour en Outre-Ezar tendent à prouver le contraire. De même, les lunarels supportent mieux les radiations surnaturelles qui émanent des anciennes ruines elfiques qui parsèment Adir ; mais s'ils s'exposent trop longtemps à l'ire de leurs ancêtres, ils deviennent eux-aussi victimes des spectres vengeurs et sombrent dans une folie mortelle. Les lunarels excellent dans tous les arts et les techniques ; ils supplantent les humains dans bien des domaines manuels et artistiques. Se sont de très grands artisans et de remarquables artistes, très prisés par les élites du monde d'Adir. La ville de Lunel, en duché de Léondar, par exemple, à fait sa fortune sur l'entretien (et surtout l'exploitation) d'une grande communauté d'artisans lunarels ; ses œuvres d'art et ses produits manufacturés sont exportés en Abhorn, en Srat's, et même en Médusie ou en Ankevhorn (le royaume barbare).
 
     Par ailleurs, quelques lunarels possèdent des pouvoirs psychiques redoutables, telle que l'empathie (la capacité de ressentir et de manipuler les émotions d'autrui, d'influencer une personne en jouant avec ses sentiments et en provocant ses instincts), et bien sûr la télépathie. Ils y a ceux qui peuvent entrevoir l'avenir, et ceux pour qui le passé n'a pas de secret. Certains lunarels sont même capables de magie ! On les appelle les "Innés" ou "elf’jinn". Ils sont très rares et pourchassés par la Ligue d'Argent, un ordre de guerriers-inquisiteurs qui sévit en Srat's, mais qui peut aussi intervenir en Abhorn. Les flux thaumaturgiques qui permettent d'utiliser l'énergie magique ont été épuisés depuis des millénaires sur Adir ; s'ils se reconstituent lentement, ils sont très instables. Leur utilisation est dangereuse tant pour le mage que pour son entourage. Un sort mal canalisé peut provoquer une déchirure de l'espace-temps ; se créent alors des failles d'où peuvent jaillir... des êtres éthérés assoiffées de sang. Pour palier cette faiblesse d'alimentation magique, les mages lunarels bravent les interdits et pratiquent, en secret, une magie appelée "magie obscure" ou "magie du sang", que les elfes eux-mêmes répugnaient à utiliser. Il s'agit d'utiliser l'énergie vitale (le sang) des êtres vivants pour activer toutes sortes de sortilèges. 
Inspiration pour les armures de
la Ligue d'Argent

    Les lunarels inspirent la crainte aux humains, car ils possèdent de grands pouvoirs qu'ils ne maîtrisent pas tout à fait. Ils sont considérés comme une menace pour l'équilibre du monde, et notamment pour l'Humanité. A l'apparition des premières naissances lunarelles, vers l'an 1000, le nourisson était systématiquement noyé, et sa famille humaine avec lui. Un lunarel dans une famille était une marque de honte, preuve irréfutable que les ancêtres avaient copulé avec des elfes. Une famille engendrant un lunarel était soupçonnée d'avoir autrefois "collaboré" avec les elfes contre l'Humanité, par opposition aux humains "purs", descendants des vrais "résistants" et "libérateurs" de l'Humanité. De grandes familles nobles ont été déchues et éradiquées sous ce fallacieux prétexte, provoquant de grands bouleversement dans la politique du royaume d'Abhorn.
      Pour étayer les peurs des humains, chaque lunarel a hérité des dons et des pouvoirs de son plus proche ancêtre elfe. Mais cela va plus loin. Les rêves des lunarels sont remplis des souvenirs de la vie de leur ancêtre. A cause de cela, certains humains prétendent que les lunarels n'ont pas d'âme. Sans aller jusque là, le chevalier Brillân s'exprima ainsi : "Même si l’on donne aux lunarels les mêmes droits que les humains, ils ne seront toujours pas libres pour autant. Parce qu’il y aura toujours en eux la voix d’un elfe pour les soumettre." Pour ne rien arranger, les lunarels ont aussi hérité du défaut majeur des elfes : celui de se croire supérieur aux humains. Leur orgueil est très souvent ce qui les perd face à une espèce rivale, complexée, dotée d'une vie brève, pleine de souffrances, d'errances et d'échecs. Voici, pour illustrer ce propos, ce qu'a dit Moéva d'Arézar du conflit entre les lunarels et les humains : "Humains et lunarels… [...]  C’est l’immuable problème des frères ennemis. Les lunarels ont hérité des elfes des pouvoirs innés et de grandes capacités d’adaptation et d’excellence. Mais qu’est-ce que le sang humain leur a apporté, outre une vie éphémère ? Rien, apparemment. Les humains sont envieux de ces elfes qu’ils ont vaincus et qui continuent de les narguer à travers une nouvelle race. Parce que les elfes ont su transmettre à leur descendance ce qui les a transcendés. Les lunarels ne sont rien d’autre que des humains avec ce petit « plus » elfique qui les rend si « parfaits ». Un petit gène qui se révèle est suffisant pour rappeler aux humains leur médiocrité. Finalement, des humains face à un lunarel se sentiront toujours inférieurs, comme s’ils avaient échoué dans leur propre évolution. C’est plus fort qu’eux. Et s’il y a bien une chose que ne supporte pas ma race, c’est d’être blessée dans son orgueil ou menacée dans son pouvoir. [...] C’est ancré depuis des millénaires dans l’histoire humaine et dans celle de leur duché. C’est dans l’inconscient collectif : les humains culpabilisent d’avoir exterminé les elfes qu’ils admiraient pour leur grandiose civilisation et craignaient pour leur puissance magique. Alors, quand un enfant lunarel naît au sein d’un couple d’humains, certains l’accueillent comme une bénédiction et d’autres, comme une malédiction. Le dernier cas étant le plus courant… [...] Descendants des demi-elfes conçus pendant ces nuits sanglantes, vous autres lunarels n’êtes que l’expression, la résurgence de gênes elfiques en sommeil chez leurs géniteurs humains. Rien d’étonnant alors à ce que depuis toujours vous soyez perçus comme l’incarnation et les instruments de la vengeance des elfes disparus, mais jamais oubliés."

    Les lunarels vivent en moyenne 250 ans. Au-delà, alors qu'ils sont pourtant dans la fleur de leur âge, ils sont atteints par une maladie dégénérative aussi douloureuse que fulgurante, appelée le "Mal d'Yssel", et qui ressemble fort à une sorte de malédiction ; mais nul n'en connait l'origine ou la cause. Cette brutale déchéance physique est pour certain la manifestation du châtiment céleste contre la partie elfique qui vit en eux. Beaucoup de "vieux" lunarels se suicident dès qu'ils ressentent les premiers symptômes. Le Mal d'Yssel brûle les lunarels de l'intérieur, noircit leur peau et leurs yeux, et les tue lentement à coup d’hémorragies internes. Il peut cependant être écarté si deux lunarels sains conçoivent et élèvent un enfant. L'énergie d'amour qui circule entre les membres de cette famille est le seul "vaccin" contre cette terrible agonie. Mais partout sur le continent d'Adir, il est formellement interdit aux lunarels de se reproduire, car l'on craint que les elfes renaissent à travers leurs descendants. Car ce n'est un secret pour aucun sage : la réincarnation n'est pas un tabou ni une croyance chez les elfes : c'est leur meilleure arme contre l'Humanité ! Jusque récemment dans l'histoire du royaume d'Abhorn, les lunarels coupables de procréation étaient tués avec leur enfant par noyade ; cette pratique a été interdite par la reine Clayre III de Clayroy (grand-mère des altesses Haert, Saulen et Elvire) sous peine de pendre les seigneurs et les justiciables qui autorisaient ces exécutions. Cependant, suite aux accords de paix avec Srat's en 1315, la Ligue d'Argent traque légalement les enfants de lunarels dans toutes les régions d'Adir et les tue sans pitié. Les lunarels dits de la "deuxième génération" sont encore plus puissants que leurs parents ; leur longévité s'accroît et ils ne sont pas atteints par le Mal d'Yssel. Les gènes et les pouvoirs elfiques sont plus marqués chez eux : le bleuté de leur peau disparait au profit d'un léger hâle doré et leurs iris perdent leur couleur argentée. Ils sont facilement reconnaissables et font des proies de choix pour les redoutables guerriers-inquisiteurs.

    Au royaume d'Abhorn, comme dans les principautés de Srat's, les lunarels n'ont pas le droit de posséder une maison, ou un terrain. Ils doivent être associés avec un humain pour toute activité professionnelle. Ils ne peuvent pas se marier, ni avoir d'enfants. Ils ne peuvent pas hériter de leur famille, ni même transmettre leur héritage, sauf à un autre humain ou à l'Etat. La loi autorise les maris à avoir une seconde épouse uniquement si celle-ci est lunarelle. De nombreux veufs ou veuves avec enfants se remarient avec des lunarels pour ne pas introduire dans le couple de nouveaux héritiers et ne pas léser ainsi les orphelins. Le personnage de Saerra Sollar est destiné, au début du tome1, à une telle vie de substitue. 
    En règle générale, en l'an 1423, quand commence la saga des Pèlerins d'Yssel, les lunarels vivent mieux que leurs prédécesseurs, malgré les lois qui les contraignent. Cela fait un siècle qu'ils n'ont pas été victimes de grands massacres. Ils sont toujours victimes d'inégalités et de racisme, mais grâce à leurs talents, ils peuvent acquérir des places de choix dans la société. Les duchés du royaume d'Abhorn ne sont pas tous égaux face au "cas lunarel". Le duc du Mérowar, par exemple, pratique des chasse à cour de lunarels, auxquelles il prend un grand plaisir, et ce malgré les nombreuses amendes qu'il doit payer à la Couronne pour ses crimes. 
     L'Etat est en effet soucieux de protéger tous ses citoyens, et notamment les lunarels. De nombreux enfants du peuple d'Yssel sont rejetés à leur naissance par leur famille. Recueillis par la Couronne et l'Eglise, ils entrent alors dans la caste des "Mal-nés". Voici ce que nous dit la princesse Elvire à ce sujet :
Inspiration pour le général de Jais
Karesh Asharam

     "La loi d’Abhorn disposait qu’un enfant né sans que son père soit présent dans la maison au moment de l’accouchement soit considéré comme pupille du royaume. Selon des quotas, il était alors confié au service du roi ou à celui de l’Eglise. Pendant un an, le père du bébé – s’il y en avait un – pouvait faire valoir ses droits et devait racheter l’enfant à son tuteur : le roi ou le grand-prêtre d’Yssel. La somme d’argent était proportionnelle au délai que le père avait mis pour se faire connaître de l’administration. La loi d’Abhorn considérait que la mère d’un enfant était sa génitrice et que le père était l’homme qui l’élevait. Si aucun père ne venait réclamer l’enfant, celui-ci était élevé par dans les collèges laïcs ou religieux où il recevait une excellente éducation. Les institutions cultivaient l’obéissance et le mérite, et les réfractaires étaient rejetés dans les mines ; exploités par les elfes, les humains avaient du mal avec le mot « esclavage » mais ils agissaient tout comme. Chez ceux qui acceptaient leur sort et raflaient les examens, le royaume puisait ses clercs, ses fonctionnaires, ses officiers, etc.… Plus d’un fils de prostituée avait accédé aux plus hautes fonctions de l’Etat ou de l’Eglise sans que cela choque qui que ce soit. Mais une telle occupation avait un coût. Si les mal-nés étaient si prompts à s’engager au service de l’état ou du clergé, c’était parce que jusqu’à la fin de leur vie, ils devaient rembourser leur tuteur pour les avoir blanchis, nourris, logés et éduqués. Pour qu’ils se souviennent de leur condition et de leur dette, on tatouait le dos de leur main droite d'une marque de honte pour celui qui était au service de son tuteur, et plus tard à gauche, s’il y avait lieu, d'une marque de distinction pour celui qui avait retrouvé sa liberté. Le général Karesh était l’un de ces enfants élevés par le roi ; il avait acquis ses diplômes au collège royal de Castelclayr. Devenu général, il avait automatiquement obtenu l’annulation du reste de sa dette. Devenir maître-Mort exemptait aussi de l’impôt."
    Les Mal-Nés sont donc bien traités dans les Collèges et parfaitement éduqués, mieux que des citoyens ordinaires. Du fait de leur longévité et de leur résistance, les lunarels remboursent plus facilement leur dette à leur bienfaiteur, par rapport aux humains. Grâce à cela, beaucoup de fonctionnaires du royaume (collecteurs d'impôts, superviseurs des mines royales, juges et magistrats, professeurs et intellectuels, sénéchaux du roi, etc...) et d'officiers de l'armée sont des lunarels. Comme ils restent plus longtemps en poste que les humains, ils garantissent une certaine stabilité aux institutions. De même, on retrouve aussi beaucoup de membres du Peuple d'Yssel au service de l'Eglise. Les lunarels ont un lien particulier avec les étoiles et les forces surnaturelles ; nombreux s'engagent alors dans la prêtrise ou la vie monastique. On peut ainsi citer le personnage d'Iarra, prêtresse de la sainte étoile Esrel, officiant à Nid-de-Fort, et qui a une grande autorité dans cette région. 


Inspiration pour Argân,
Protecteur de Fort-Dragonil
.
    En Outre-Ezar, aux confins orientaux du royaume d'Abhorn, existe l'ordre des Protecteurs. Chaque fort se doit d'avoir un Protecteur pour le protéger pendant la nuit des assauts des Silths, ou pour maintenir la communauté en bon terme avec les Priants alentours. Les rares Protecteurs et leurs apprentis qui sont doués de télépathie peuvent communiquer entre eux et aider l'Outre-Ezar à mieux se défendre contre ses ennemis. A cause de cela, les lunarels ont été les premières cibles du sauvage peuple des Pyctes, pendant leur sanglant soulèvement en 1413 ; nombreux ont été les Protecteurs assassinés et enlevés. Beaucoup de savoirs anciens et de figures charismatiques bienveillantes ont été perdus pendant la guerre, jusqu'à ce que Dame Moéva et ses Dames d'Yssel mettent y mettent un terme.

     Une solide éducation et l'octroi de postes à responsabilités aux lunarels est un cadeau à double tranchant. Éclairés et reconnus, voire indispensables au bon fonctionnement des institutions, ceux-ci veulent plus de droits et surtout plus de pouvoirs. Les lunarels porteurs de revendications entrent en opposition avec les autorités (qui les protégeaient tant qu'ils respectaient les règles et se satisfaisaient du carcan dans leqeul on les confinait). Avides de liberté, les lunarels passent alors pour des ingrats et des orgueilleux ; l'étau des injustices et du racisme se resserre d'autan plus sur eux. La peur et la haine grandissent dans les deux camps. Inévitablement, une grande révolte couve en royaume d'Abhorn. Elle est menée par les opprimés mais surtout par la classe moyenne qui souhaite s'enrichir, vivre et aimer librement. La majorité des lunarels en a assez d'être considérée comme une menace ; ils veulent prouver, avec bonne volonté et naïveté, qu'ils peuvent être un grand peuple à l'égal des humains. Le peuple d'Yssel est en quête d'identité. Mais pour cela, hélas, ses memebres se rassemblent et complotent dans l'ombre. Viendra bientôt le temps où ils sortiront en pleine lumière pour conquérir leur place dans le monde !
     Pour maintenir une cohésion entre eux et pour marquer leur opposition avec les humains, des lunarels se tournent vers la religion proscrite des elfes, adorateurs d'El, le soleil. Plusieurs petites sectes, dites "elfésiennes" émergent secrètement, notamment dans les grandes villes telles que Castelclayr ou Calibe. Les différentes entités rebelles disséminées dans tout le royaume d'Abhorn se cherchent des représentants, mais aussi peut-être un leader commun : un roi, ou une reine, un meneur qui saurait faire jeu égal avec le redoutable prince-servant Haert de Clayroy.
    Bien évidemment, tous les lunarels ne sont pas des rebelles, de même que tous les humains ne les haïssent pas. Des lunarels et des humains œuvrent ouvertement, de concert, pour que les deux espèces vivent dans la concorde au sein du même royaume. Ils sont hélas rares et peu écoutés. Le prince Saulen est notamment un ardent défenseur de la cause lunarelle et un passionné de l'histoire et des arts elfiques. 
 
    Le destin des lunarels ne semble pas écrit, mais l'on redoute qu'il s'écrive avec le sang des elfes, au rythme des hurlements de vengeances des esprits dorés. Quel chemin la race lunarelle devrait-elle suivre alors ? Comme le dit si bien le seigneur lunarel Zéphrym d'Yon, ami et suivant du prince Saulen de Clayroy : "Les lunarels sont nés de l’union des elfes et des humains. Leurs deux héritages coulent dans nos veines. Parce que cela nous arrange, nous ne devons pas privilégier l’un ou l’autre de ces deux aspects. Combattre les humains serait nous trahir. Exacerber notre lien aux elfes serait nous diminuer." La solution pour le peuple lunarel serait peut-être de trouver sa propre voie, ni humaine, ni elfiques, mais la voie de Luna'h ! la Lumière ! 


     J'espère que cet article vous aura plu. Merci pour votre lecture, et pardonnez-moi pour la longueur ^^
     A très bientôt au royaume des Pèlerins d'Yssel !



Quelques dates de l'histoire des lunarels, cinquième Ere (Ere d'Yssel ou des Hommes) :


405 : Mort du dernier elfe à Calibe.
1000 : Date des premières naissances lunarelles. Cas très rares et isolés. Enfants et famille mis à mort systématiquement. 
1125 : Grande vague de naissances lunarelles. 
1162 : Lois de restrictions sur les Lunarels, ce qui était moral entre au domaine légal. Création de la caste des Mal-Nés pour encadrer les enfants lunarels abandonnés, très vite étendue aux enfants humains.
1163 : Création du royaume utopique lunarel sur l'île-cité d'Adarenthar, aux large des côtes sratienne. 
1273 : Cataclysme. Chute d’Adarenthar, engloutie par les eaux. Création de la Ligue d'Argent. 
1280 :  La ligue d'Argent entre au royaume d'Abhorn et le massacre des lunarels s'étend même à ceux de la première génération. 
1282 : Ordonnance sur le massacre des Lunarels. Résistance de la ville de Lunel. Les lunarels réfugiés dans le temple n’échappent pas au massacre, mais leur martyr fait cesser les exactions partout dans le royaume.
1302 : Printemps, soulèvement des rebelles appelées les Nohrims. Automne, génocide de Strantiel contre les Nohrims.
1309 : Mort du Prince-Servant Tancred II au combat, tué par un assassin lunarel. Début d'une nouvelle grande purge à travers tout Abhorn.
1315 : Fin des massacres lunarels sous le règne de Clayre II de Clayroy, dite La Forte. Paix avec Srat’s et uniformisation des lois entre les deux royaumes. Ratification des accords sur les conditions d'intervention de la Ligue d'Argent en territoire étranger.

dimanche 23 mars 2014

La Vallée Secrète : un passage vers l'Au-delà.


     Dans les Pèlerins d'Yssel existe un lieu créé par magie pour protéger le monde des vivants de celui des esprits et des morts : La Vallée Secrète. Fondée autour des âmes de deux sorcières elfes jumelles, cette antichambre de l'Au-delà abrite une puissance terrible et d’indicibles dangers pour les voyageurs mortels. Quelques êtres désespérées se risquent pourtant à rencontrer les Gardiennes, espérant follement qu'elles leur permettent de revoir une dernière fois l'être aimé. Oui, car il faudrait être désespéré pour vouloir se risquer dans ce lieu suspendu entre le monde mortel et le monde surnaturel. Fou, désespéré, ou contraint d'y pénétrer par un ennemi redoutable...
     " Entendant le portail magique se refermer, Livie arrêta Cœur-Louve. Quelques secondes plus tard, Argân la dépassa et les guida, Serth et elle, sur un chemin qui, depuis un contrefort montagneux, descendait dans la Vallée Secrète. Il leur restait en effet une bonne heure de route avant de rejoindre Cixie. Prudent, le lunarel n’avait pas fait œuvre de magie dans la Vallée en elle-même. Mais celle-ci était pourtant si proche que la nature commençait à ployer sous son influence. Au fur et à mesure de leur avancée, la végétation rapetissait et se solidifiait insidieusement. Les arbres se recroquevillaient vers le sol, jusqu’à devenir des buissons. Lorsqu’ils atteignirent le fond du vallon, le ciel apparut et déploya sa tapisserie d’étoiles. La nuit était tombée si vite qu’on aurait pu croire qu’elle était éternelle en ce lieu maudit. Les buissons se fossilisèrent jusqu’à ressembler à des rochers. Ces derniers, sculptés par un vent absent et créatif, semblaient vouloir fuir. Ils avaient des formes fantastiques, éclatées comme des druses de cristaux, scintillant et tranchant comme des épées. Il n’y avait plus d’herbe, juste de la roche et du sable gris qui scintillaient à la lumière d’Yssel. Se découpant, toutes noires sur le ciel indigo, des montagnes aux pentes abruptes encadraient le trio. Le cheval de Serth hennit. Aucun écho ne résonnait entre ces murailles naturelles, plus abruptes encore que les pentes des Ravins-Argent. L’air y était lourd comme sous un voile. Livie et la médusienne avaient l’impression d’être de petits insectes se faufilant entre les mailles d’une étole de soie. Argân leur fit rejoindre un large sillon qui les mena jusqu’au but de leur voyage ; la pierre à cet endroit était polie et craquelée comme la surface d’un vieux miroir. Un courant magnétique se faufilait entre les sabots des juments dont les jambes, à chaque pas, s’éclairaient de rares étincelles bleues. La lumière d’Yssel palpitait au raz du sol avec les grains de sable épileptiques. La main sur la garde de la rapière en elférium, Livie observait les alentours, le cœur serré par une douloureuse sensation de déjà-vu. Après sa chute de cheval, six années plus tôt, son âme était entrée là pour rejoindre les Portes de la Vallée Secrète. Le danger ici était réel. A la lumière d’Yssel, les âmes errant par ici pouvaient se matérialiser et agresser les voyageurs de leurs supplications ou de leurs ressentiments. Heureusement, le maître-Mort saurait comment les apaiser. Elle inspira profondément, mais l’air avait du mal à pénétrer ses poumons. Soudain, Cœur-Louve trébucha légèrement. En ce lieu, toutes les énergies vitales s’épuisaient insidieusement. En y prêtant bien attention, et avec de l’imagination, certains rochers ressemblaient à s’y méprendre à des corps pétrifiés… Des lueurs pâles et diffuses se faufilaient d’un amas de pierre à un autre ; mais c’était peut-être bien encore un effet dû à la lumière…


 " Malgré sa vigilance et sa connaissance des lieux, Livie se laissa surprendre. Quand elle s’y attendait le moins, devant elle se dévoilèrent deux hauts pans de falaise noirs et lisses, séparés par un petit espace de ciel à peine discernable. L’entrée de la Passe aux Ames ! Mais celle-ci se trouvait encore bien loin. Ces falaises faisaient déjà partie du royaume des morts. Elles n’étaient que le reflet surnaturel d’une autre réalité qui se laissait timidement entrevoir. C’était ça, la véritable Vallée Secrète. Celle dont personne ne pouvait revenir. L’endroit que venait de traverser le trio n’était finalement qu’une sorte d’antichambre. Et entre les deux univers, il y avait bien entendu un passage. Il se trouvait là, au milieu du paysage, au bout de cet étrange sillon de verre. Immenses, massives, hiératiques, les Portes de la Vallée Secrète ressemblaient à l’entrée d’une antique forteresse elfique, sans les murs et les ruines tout autour. C’était juste un encadrement en belles pierres de marbre gris qui soutenait deux battants d’obsidienne. Le tout semblait être suspendu entre ciel et terre, maintenu debout par les rayons stellaires dans un état de grâce presque absurde. Car cette vision avait véritablement quelque chose d’incongru, autant que de solennel ; qui se serait attendu à une telle chose ? Cette construction d’une beauté épurée avait de loin un aspect des plus… inoffensifs. En se rapprochant un peu plus… Serth découvrit les inscriptions elfiques gravées dans le linteau. Un symbole solaire ornait son milieu. Mais les statues étaient le plus impressionnant. Il y en avait deux, chacune étant incrustée dans un des battants de la porte ; leurs formes féminines dépassant gracieusement de la surface du verre. Les traits de leur visage, la souplesse de leurs cheveux et le drapé de leur robe étaient si finement ciselés qu’ils leur donnaient l’impression d’être seulement endormies. Belles et figées pour l’éternité, les Llawynynes, gardiennes jumelles de la Vallée Secrète, se tenaient la main au-dessus de l’interstice, scellant ainsi l’entrée à tous les êtres vivants ou indésirables et la sortie à toutes les âmes tourmentées. Leur autre bras était replié contre elles ; la main au creux de l’estomac tenait les lourds anneaux qu’il fallait soulever et faire résonner pour faire honorer une requête. Mais seul un géant aurait pu atteindre et soulever de telles poignées."

Les Pèlerins d'Yssel, tome 2 : les Vengeurs, chapitre 25.


    Qui a-t-il de l'autre côté de ces imposantes portes ? La réponse se trouve en partie dans les Vengeurs !

    Et voici de quoi vous plonger un peu plus dans les méandres de l'Au-delà du monde imaginaire d'Adir.

 


    L'élaboration de cette Vallée Secrète tire sans doute son origine de mon expérience de mort imminente et de ma propre approche de la spiritualité et du monde invisible. On peut rapprocher ce lieu transitoire de la Vallée de la Mort, issue des textes bibliques et de certains récits de NDE. Et en cherchant plus loin, je me suis souvenue d'une autre vision, celle de l'Oracle dans le film l'Histoire Sans Fin. Nul doute que cette ambiance nocturne, ces colosses bleutés et solennels, et enfin ce paysage désertique et d'une grande sérénité, m'ont influencée.

Merci pour votre lecture.
Bonne continuation et à bientôt !

Complément de cet article ici : Esprits errants et âmes damnées...

dimanche 16 février 2014

Gare aux fous s'ils sont plus sages que vous...

    Il s'appelle Jonham. Mais est-ce son véritable prénom ? Lui-même semble être incapable de répondre à la question. Il est fou. Imprévisible. Pathétique. Attachant. Son entrée dans Les Vengeurs est semblable à celle d'un chien dans un jeu de quilles...

" Moéva frissonna, saisie soudain par la sensation épidermique d’être observée en cachette. Elle détourna immédiatement son regard du joyau et le plongea dans les sous-bois. Le silence pesant de la forêt commençait à lui irriter les nerfs. Elle resserra sa poigne autour de la garde de son épée. Elle s’apprêtait à talonner sa jument pour reprendre sa route, quand une voix d’homme chantante la fit violemment sursauter.
– Din-gue-ding et din-gue-di-long ! A votre place, je ne ferais pas une telle chose. Din-gue-dong et din-gue-li-ding. Ce n’est pas bien. Ah ! Pas bien du tout !
Moéva leva la lame de son épée et scruta les environs. Y avait-il quelqu’un dans les fourrés qu’elle n’ait pas remarqué ? Sa voix paraissait être si proche… Mais aucune ombre humaine ne côtoyait celles des arbustes torturés. Où l’importun se cachait-il donc ?
– Din-gue-li-dou ! cria de nouveau la voix. Ici ! Plus haut ! Voilà…
Moéva leva immédiatement les yeux. Une paire de pieds pendait au-delà de la corniche de l’arc de triomphe. Elle fit un peu reculer Cœur-Louve. Avec stupeur, elle découvrit un jeune homme assis sur le monument, les jambes pendant dans le vide, et qui la regardait avec amusement. Il était vêtu d’un drôle d’accoutrement : une sorte de vêtement de Cour suranné, sale, terne et rapiécé. Un bonnet rond à fond plat était exagérément enfoncé sur ses oreilles.
– Bonjour ! lança amicalement l’énergumène. Je suis Jonham ! Souvenez-vous bien de ce nom. Il m’arrive tant de fois de l’oublier…
– Qui êtes-vous ? demanda sévèrement Moéva en espérant qu’il ne s’agisse pas d’une hallucination.
– Je suis… Ah ! (Il se gratta la tête d’un air sévère.) Voilà, ça recommence !
– Jonham ? s’enquit la guerrière avec prudence.
Le visage de l’homme s’éclaira. Il écarta les bras de côté et effectua de grands gestes frénétiques en diagonales.
– Je suis fou ! Non, pardon, je suis un fou. Un fou fou même, pourrait-on dire.
– Je vois, fit Moéva avec amertume. Et que faites-vous ici ?
– Vous ici ?
– Je vous demande pardon ?
– Pardon.
– Vous vous moquez de moi !
– Moi ?
– Descendez tout de suite ou je vous le fais chèrement payer ! le menaça-t-elle en agitant la pointe de sa rapière dans sa direction.
– Chuuut ! souffla l’homme en se penchant vers elle, son index droit posé sur ses lèvres. Ils n’aiment pas le bruit.
– Qui ça « ils » ?
Le fou sursauta et se mit à regarder de tous côtés. Ses yeux exorbités se fixèrent sur quelque chose d’invisible et virevoltant près de sa tête, qu’il suivit longuement des yeux avant de l’attraper vivement dans ses mains. Puis il porta celles-ci à son oreille et écouta avec attention ce qu’il y tenait enfermé.
– Ils disent que vous devez renoncer à retrouver votre sœur, dit-il avec sérieux.
– Pourquoi ?
– Hmm… (Il écouta de nouveau le vide entre ses paumes avec attention ; fit la grimace ; secoua ses mains en tirant la langue ; écouta encore.) Trop dangereux ! déclara-t-il avec effroi.
– Ce n’est pas ça qui va m’arrêter."

Les Pèlerins d'Yssel, tome 2 : les Vengeurs, chapitre 13.

    Il y a sans doute un peu du "Fou" de Robin Hobb dans Jonham, mais il y a surtout beaucoup de ces fous antiques et médiévaux que les croyances populaires rapprochaient davantage des sages et des oracles. La fracture de leur mental leur permettait d'exprimer (disait-on) une sagesse concrète, évidente et universelle. Plus proche de notre imaginaire, le fou incarne la différence ultime entre les êtres humains, au-delà du temps, des croyances et des cultures. Plus que de susciter la méfiance et la haine, il provoque la terreur ultime : celle de ne plus être soi-même, celle de se perdre à l'intérieur de son propre esprit, l'horreur d'être confronté chaque jour, chaque minute, à un étranger dans le miroir.
   Dans le cadre de mon roman, le fou n'appartient pas à une catégorie précise de déficience mentale. Cependant, il n'est pas soumis au mécanisme du refoulement : il laisse libre cours à sa vie psychique et à ses pulsions. Comportement envahissant et imprévisible qui, confronté aux clivages du monde extérieur, le plonge dans une grande souffrance. Celle-ci peut être intolérable au spectateur impuissant. Alternant les phases "normales" et les crises de démences à un rythme décousu, Jonham semble poursuivre une certaine logique, voire un but ; mais il est peu probable que ceux-ci soient les mêmes d'un jour à l'autre. Jonham remplit parfaitement son rôle d'élément perturbateur. Insaisissable, indéchiffrable, il pousse les autres personnages dans leurs retranchements ; il les confronte à leur propre part de folie intérieure, à l'absurde de leurs choix et à la fragilité du monde qui les entoure. Mon fou est un dément quelque peu médium : son esprit ouvert aux quatre vents le met en lien avec des choses invisibles, des âmes encore plus tourmentées que lui, des ombres avides de la chaleur des vivants. Il est leur jouet, mais aussi leur messager. Maudit, il prévient les héros des dangers qu'ils risquent à frayer avec le surnaturel. Mais le plus effrayant, c'est qu'il est conscient de sa folie et du mal qu'il peut faire à son entourage.

   Chacun de mes personnages est accompagné d'une musique, et je crois que the Parade d'Antimatter, intense, sombre, progressive, presque cacophonique, est très appropriée pour illustrer Jonham. Le travail sur les différentes voix mêlées est très intéressant et la montée en puissance du morceau s'accorde tout à fait aux crises de démence dont peut être victime mon personnage.


    Un fou est un outil dramatique à manier avec subtilité et parcimonie. Il faut jouer sur la peur et l'exaspération qu'il inspire, se servir de lui pour bousculer l'intrigue, suggérer des vérités cachées, révéler des secrets, ou au contraire, mystifier les autres héros considérés comme "sain d'esprit" ! Sans cesse au cours de l'écriture, il faut veiller à ne pas tomber dans la répétition des procédés littéraires ni dans l'excès : ce qui est un comble pour un être aussi frontal et subversif ! Jonham, c'est un peu ma nitroglycérine. Le confronter à mon héroïne principale, à l'esprit si cartésienne et au cœur tant vérouillé sur lui-même, était un plan démoniaque qui s'est mué en défi intéressant. De leur rencontre explosive, de leurs attentes contradictoires l'un envers l'autre, est née une des plus belles relations humaines qui soit : une amitié surprenante et inconditionnelle. Ensemble, ils évoluent dans une alchimie parfaite, mélange de crainte et de tendresse sur fond de grande mélancolie. Mais leur loyauté mutuelle survivra-t-elle aux tomes suivants ?
    J'avoue que je ne me lasse pas de relire les apparitions du fou et que je jubile d'avance de ces passages dans lesquels il me reste à le mettre en scène.
     
    La folie de Jonham est incurable. Certains craignent qu'elle soit contagieuse... Mais la mort est-elle le seul antidote à ce mal ? Et qui se devrait de la lui administrer ? Je vous invite à y réfléchir tout en vous laissant envouter par cet excellent morceau de Moonspell : the Antidote, issu de l'album éponyme. Cette musique reflète pour moi la séduction qu'exerce parfois le fou sur son entourage, ainsi que sa dangerosité. Cette chanson joint des phases langoureuses et une rythmique puissante, propices à mes envolées imaginaires ; la reprise à la fin du morceau est intense : c'est l'une de mes préférées.


Je vous remercie pour votre lecture et votre écoute !
A très bientôt !

dimanche 19 janvier 2014

Les Danseuses Sacrées, égéries de la Féminité

    A ma manière, j'ai voulu dans mes romans rendre hommage à la sensualité féminine, à la beauté et au mystère de ce genre superbe, et au combat des femmes pour leurs libertés et leur indépendance. J'ai créé l'ordre artistique des Danseuses Sacrées, qui contrebalance celui des Dames d'Yssel à la vocation guerrière. Pour lui donner vie, j'ai été très inspirée par les danses indiennes, leur code gestuel et vestimentaire, mais aussi par la fougue et la grâce du flamenco. J'ai également une formation de danseuse classique sur huit années.
    Pour moi, la danse est un médium utile à la connaissance de soi et à l'harmonie sociale et universelle. Elle est synonyme d'acceptation de soi et de liberté. C'est une parenthèse pendant laquelle le mental s'efface pour laisser le corps et les émotions s'exprimer. Il faut aussi suivre la musique, faire attention à son rythme (comme dans notre vie de tous les jours où il faudrait être attentif au rythme de l'Univers). Danser en couple ou en groupe apprend le respect de l'autre, le détachement de soi, à être attentif aux désirs et aux difficultés de chacun.
    
     Ne dit-on pas que "le corps est le véhicule de l'âme" ? Laissons donc notre corps danser et nous entendrons peut-être notre âme chanter sa vraie partition.
    
       Voici l'extrait dans les Vengeurs qui présente l'ordre des Danseuses Sacrées :

      "Elvire avait souvent rêvé d’être une Danseuse Sacrée. Ces femmes étaient pour elle un symbole de liberté et d’indépendance farouche. Organisées en compagnies d’une vingtaine de membres, elles sillonnaient Adir pour ravir les esprits et les cœurs par la grâce de leurs ballets chorégraphiés. Leur manière de danser, très codifiée, était un vrai langage complexe et subtil, une relique vivante des débuts de la civilisation humaine. L’origine de leur ordre remontait à la lutte des esclaves humains contre l’oppresseur elfe. Dans les mines dirigées par les elfes où toute l’humanité avait été consignée et asservie, les humains n’avaient pas été autorisés à parler devant leurs maîtres. Pour communiquer, ils inventèrent leur propre langage gestuel. Plus tard, les élites elfiques emportèrent des humains, parmi les plus beaux, pour les servir dans leurs palais merveilleux. S’inspirant des danses elfiques, les vestales de la sorcière Saer’hra Elynda créèrent alors leurs propres chorégraphies. Leur succès fut immense ; elles présentèrent leurs spectacles dans toutes les Cours princières. Mais chaque geste avait un sens particulier, chaque partie du corps avait sa signification, chaque posture avait son code et chacun de leurs enchaînements décrivait quelque chose de bien particulier. A force de labeur et de sacrifice, les almées parvinrent à leur but : infiltrer tous les cercles du pouvoir elfique et transmettre à toutes les poches de rébellions humaines des messages cachés dans la souplesse et le rythme de leur corps. Elles incarnaient, au sens propre, la volonté de liberté de toute l’Humanité. Nombreuses moururent pour la cause, mais jamais les elfes ne les démasquèrent. Et lorsque ceux-ci furent vaincus, les Danseuses Sacrées continuèrent de parcourir le monde civilisé, balançant leurs courbes gracieuses sur des hymnes de joie et d’unité. Elles mirent en scène la légende d’Yssel et de ses saints. Elles contèrent les exploits de Sans-Nom et les amoures de Cyxie et Galaadren. Protégées par l’église d’Yssel alors même que celle-ci n’acceptait pas encore les femmes dans ses hautes sphères, elles soutinrent la cause de sainte Lëla. Héritières et gardiennes d’une tradition gestuelle de la transmission du savoir, elles ne cessèrent jamais de danser pour rappeler aux humains le combat qu’ils avaient mené et qu’elles avaient porté sur leurs épaules ornées de perles. Nul n’osa les pourchasser, quand bien même elles prônaient un art de vivre hédoniste – ainsi que le respect de la sensualité et de la jouissance féminine – qui allait à l’encontre de la morale puritaine des époques passées. A l’heure actuelle, les Danseuses Sacrées étaient considérées comme le fer de lance du libertinage bourgeois. Elles inspiraient plus de méfiance et de jalousie que de considération. Mais pour Elvire, seule leur gloire passée importait. Car si les Clayroy régnaient sur Abhorn, c’était grâce à ces femmes qui, dans les détours de leurs doigts agiles, avaient prévenu la Dame d’Ezar de la tentative d’assassinat du Champion des elfes sur la reine Sans-Nom."

Les Pèlerins d'Yssel, tome 2, les Vengeurs, chapitre 20.

 Je vous propose 2 musiques/vidéos pour accompagner cet extrait (vous l'aurez deviné, je suis une fan de Madhuri Dixit.) :

Ceci est la chanson éponyme du film Aaja Nachle :


Ceci est l'extrait du film Devdas, la chanson intitulée Re Dola Re.


Merci pour votre lecture et votre attention.
A bientôt.

mercredi 25 décembre 2013

Les Pèlerins d'Yssel, tome 2 : les Vengeurs.

    Le tome 2 des Pèlerins d'Yssel : Les Vengeurs est paru tout d'abord en auto-édition, sur Amazon, en 2013 ( pour mes 30 ans !). Suite à mon contrat signé avec les éditions La Bourdonnaye, il est réédité en trois parties, en format numérique et broché, disponibles chez tous les libraires. Chaque exemplaire contient un lexique des personnages et une carte géographique du monde d'Adir.
     Embarqués dans une véritable course contre la fin des temps, les personnages devront puiser en eux le courage et les forces nécessaires pour sauver les êtres qui leur sont chers ou survivre à leur disparition.


    (Article en cours de mise à jour).

    Bonne journée, bonne lecture à vous, et à très bientôt !




Bonus :

  Voici pour mémoire ce qu'étaient la couverture et le résumé des Vengeurs lorsqu'ils étaient disponibles en auto-édition :

   La couverture est toujours exécutée par la talentueuse Clémence de Chambrun. Mon mari a servi de modèle pour le portrait du guerrier. La réalisation de travail a souffert de nombreuses péripéties ; je remercie encore mon amie Clémence pour
son professionnalisme et son indéniable talent. Puisse notre collaboration perdurer et donner de plus beaux projets à l'avenir !

   Ceux qui ont lu le tome 1, les Pécheurs, reconnaîtront certainement les deux personnages... Voici l'extrait dont l'illustration s'inspire :
   " Puis, presque inopinément, comme par miracle, un rayon de soleil rouge perça les nuages et illumina les environs, révélant en contrebas la rivière Cyxie et le pont qui l’enjambait. Le cœur gonflé de soulagement, l’avellien franchit les derniers mètres qui lui manquaient pour atteindre le seuil de l’escalier. Les jambes tremblantes, il s’étira. Sa nuque et son dos craquèrent. Bizarre. Il leva les yeux vers le ciel. La pluie dense avait cédé la place à un fin crachin. L’air était devenu plus fluide et lumineux. On entendait toujours la plainte grave et lointaine du Sul-Baal éveillé. L’avellien soupira de soulagement en estimant le danger dépassé.
     Près du sol, le grondement du lycän couvrit soudain celui de l’éruption. L’homme baissa les yeux sur Mord-Nuit. Babines retroussées, oreilles plaquées en arrière, la bête courbait l’échine, aplatie sur le sol, prête à bondir. Encore troublé par la difficile descente, le Meneur se tourna, le regard flottant comme dans un rêve, vers l’ennemi que la créature cherchait à dissuader. La vision qui fut renvoyée à son esprit lui causa un choc violent. Un elfe ! Son instinct lui commanda immédiatement d’invoquer sa lame de météore et de se mettre en garde. Tandis que ses doigts se refermaient sur le manche de son épée et que ses genoux fléchissaient, il jaugea son adversaire.
      Un chevalier noir se dressait à l’autre extrémité du pont aux Priants. Il arborait l’armure en mithril sombre des prétoriens du Dernier Roi légitime des elfes. Son allure hiératique indiquait clairement qu’il ne laisserait personne passer sans combattre. [...] En un éclair, il pouvait être prêt à charger. [...] Etait-ce un fantôme ? Un oublié de la Vallée Secrète ? L’avellien ne sentait aucune vie vibrer à l’intérieur de l’armure et pourtant, il voyait très clairement les doigts de plate bouger sur le manche du fauchard. Il y avait donc bien un esprit qui hantait cette armure, mais par quel miracle l’âme et le mithril étaient-ils liés ? Pour un avellien, son armure était l’enveloppe ultime de son âme. Mais à voir ce chevalier, il était manifeste que son armure et son essence n’étaient pas solidaires à l’origine. L’avellien s’humidifia les lèvres. Le mystérieux gardien du pont attisait sa curiosité. Il n’y avait pas de doute, ce guerrier était ici pour lui.
      De telles rencontres épiques avaient créé des légendes : le chevalier noir et le paladin, ou d’un côté du pont l’initiateur du rite de passage, validateur du combat à venir, et de l’autre côté le preux qui devait lui prouver sa valeur. La rivière Cyxie matérialisait la frontière entre l’ancienne et la nouvelle vie du Meneur des Loups. [...] Derrière lui, Mord-Nuit gronda de plus belle. "

Les Vengeurs, les Pèlerins d'Yssel : tome 2, chapitre 5 "Paladin et Chevalier Noir".


   Résumé originel : Yssel, l’étoile souveraine du firmament, se meurt inexorablement. Alors que son influence divine décline, le royaume d’Abhorn est ébranlé, en proie à de nombreuses et terribles menaces. A l’Est, les épidémies ravagent la population abandonnée par ses gardiens surnaturels. Profitant de la confusion générale, les rebelles lunarels s’enhardissent. De noirs complots se tissent au cœur même de la cour royale. Qui sera la prochaine victime de ce spectre implacable qui hante le palais?

     Chevauchant à bride abattue, le Meneur des Loups tente de rejoindre à temps la princesse Elvire. Saura-t-il surmonter les épreuves imposées par les Gardiens du Vide, alarmés par la disparition du général Brilliân ?

   Moéva d’Arézar, élue malgré elle pour sauver Yssel, s’élance sur les routes coupées par l’hiver et les maladies. Au fil de son périple, ses espoirs s’amenuisent et le nombre de ses ennemis s’accroît. Seule face à l’adversité, elle n’aura pas d’autre choix que de faire couler le sang !